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Catherine Rey-Roussel – Au service des femmes nomades

Médecin gynécologue française de 56 ans, la docteure Catherine Rey-Roussel nous entraîne pour une journée sur la caravane médicale du Rallye Aïcha des Gazelles.

Modifié le :
2009-05-07 13:32
Publié le :
2009-04-05 20:00
Par:
Christine Simonnet-Barberger
CRey-Roussel

Serge Anton

Catherine Rey-Roussel, gynécologue du désert

6h30 du matin, M'hamid, à l'extrémité sud-est du Maroc. Le bivouac du Rallye Aïcha des Gazelles s'est installé la veille près de cette oasis située aux portes du Sahara. L'équipe de la Caravane Médicale s'affaire à charger les 4X4 de médicaments, de dons et de matériels pour sa journée d'action.

Aujourd'hui, visite chez les nomades. Notre guide: la docteure Catherine Rey-Roussel, gynécologue depuis vingt-cinq ans dans le Nord de la France et membre de Gynécologie Sans Frontières. Pourquoi une telle implication? Pour «être utile» bien sûr, mais surtout parce que lors de tous ces séjours, elle retrouve la raison de sa passion pour la médecine, «ce face à face avec le malade et sa maladie», un rapport direct presque disparu en Occident pour cause de technologie excessive. «Ici, tu vas voir, me dit-elle, ces femmes te touchent, te prennent la main. Elles ont un regard comme un appel et on a l'impression d'aller au plus profond d'elles en un quart de seconde.»

Les nomades: un peuple respectueux et accueillant
Le rendez-vous avec les nomades a été fixé, il y a deux mois, par l'Association Draa pour la conservation du patrimoine culturel et civilisateur (ADRAPAC) dont certains membres serviront d'interprètes aujourd'hui. La veille, trois grandes tentes berbères ont été dressées près de l'oasis sacrée d'Oum Lâalag, à quelque deux heures de piste de M'hamid. La nouvelle de l'arrivée de la caravane a été répandue dans tous les souks des environs afin de prévenir la centaine de familles de l'est du Lac Iriqui, qui viennent s'y ravitailler une fois par mois.

À notre arrivée, toutes sont déjà là. Les femmes ont mis le pain à cuire dans le sable sous les braises. Assises auprès du feu, nous partageons ensemble thé et «pizza berbère», un mets traditionnel fait de pain farci d'une sauce de tomates fraiches, de poivrons, d'oignons et d'épices. Délicieux!

Rapidement, Catherine et sa collègue Agnès Bryn se mettent au travail. L'espace de consultation est rudimentaire: un matelas posé sur des tapis et une table d'examen qu'elles se partagent, le tout caché des regards par des couvertures. Une grande partie de la journée, je reste assise dans un coin, témoin privilégié de cette rencontre intime entre une femme et son médecin.

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CRey-Roussel

Serge Anton

Un élan de liberté

Un élan de liberté
Sans matériel ni laboratoire en soutien, Catherine et Agnès établissent avec leurs patientes un dialogue fait de touchers et de regards. Pendant que l'interprète traduit, les médecins transposent les maux en gestes, caressant un visage aux yeux qui ne voient plus, palpant délicatement un ventre gonflé par une énième grossesse. Du bout des doigts, elles tentent ainsi de percevoir ce que veulent dire les mots lâchés sans retenue. Car à l'abri du regard des hommes, les femmes nomades se découvrent, au propre comme au figuré, sans fausse pudeur, trouvant enfin dans l'écoute de Catherine et d'Agnès «une reconnaissance de leur douleur».

Comme les deux médecins, je suis effarée par la découverte de ces corps constellés de cicatrices faites par des pointes de fer rougies au feu*. Mais je tombe aussi sous le charme de ces femmes qui revendiquent, le temps d'une consultation, le peu de liberté qu'on leur accorde. «J'ai déjà six enfants, je ne veux plus de sexe», nous dit l'une d'elles, réclamant du même coup, avec l'accord de son mari, une prescription pour la pilule. Contraste entre modernité et tradition qui ne cesse de me surprendre. «C'est vrai, reconnait Catherine, il y a un élan ici qu'on ne voit pas en Afghanistan, par exemple. Les femmes sont avides de connaissances. C'est pourquoi elles attendent beaucoup de nous.»

Durant la journée, Catherine et Agnès diagnostiquent des inflammations, des rhumatismes, de l'hypertension, des colopathies, des cataractes, des utérus «trop gros», etc. Elles prescrivent des médicaments, parfois la pilule - en expliquant à l'aide d'un dessin comment la prendre correctement. Une belle journée, en somme, menée sereinement et avec succès! Seule ombre au tableau, nous apprenons que l'unique école itinérante des enfants nomades a été fermée, faute de financement. En fin de journée, alors que tous dégustent le couscous offert par l'ADRAPAC, une idée germe au sein l'équipe médicale. Espérons qu'elle aboutira pour la prochaine caravane 2010... Inch' Allah! (Si Dieu le veut!)

* Tradition de la pointe de feu: pour apaiser une douleur, on appose, là où cela fait mal, une pointe de fer brûlante. La plaie s'infecte et, selon les croyances, le pus qui sort de la blessure emporte la douleur

Album souvenir de la Caravane médicale

Album-Photo-Caravane.jpgEn 2009, la caravane a visité sept villages et un groupe de nomades, et a accordé 4582 consultations (à 90 %, des femmes et des enfants). Notre journaliste, Christine Simonnet-Barberger, partage avec nous son album de photos souvenirs de sa journée déroulée en compagnie de femmes exceptionnelles.  

Photos:
Serge Anton
Christine Simonnet-Barberger

 

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