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24 août 2009

Une leçon d’audace

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 8:57

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro de septembre 2009
spoirier@vitamagazine.ca

Par un petit samedi matin frisquet de la mi-avril, à Place Laurier (à Québec), une partie de l’équipe de Vita met la touche finale aux préparatifs d’une journée bien spéciale: un tête-à-tête avec une centaine de participantes à notre premier concours de mannequins (journée que nous revivrons au Centre Rockland de Montréal, la semaine suivante). La file d’attente frémit au moindre signe annonciateur du début de l’évènement. L’effervescence est palpable, audible, visible. Nos aspirantes top modèles s’agitent, trépignent, rigolent et jettent quelques regards furtifs vers la table du jury, composé de Maryse Caron, responsable mode à Vita, de Cathy Marsland, de l’agence Folio, et de moi-même.

Nous revoyons rapidement notre méthode de sélection, nos critères d’évaluation, les questions d’usage, le déroulement de la «compétition». On est prêt? Photographe, maquilleuse, coiffeur, hôtesses à l’accueil, préposée à l’espace parfums, dispensatrice de sacs-cadeaux: tous les pros nous font signe que oui. La musique donne le signal. Un groupe de curieux s’agglutine autour de l’estrade. L’atmosphère est électrique. C’est parti…

La première candidate se présente à notre table: coiffée, maquillée et… stressée. C’est le début d’un défilé unique, magnifique, émouvant. Elle nous explique que sa nervosité est telle qu’elle a eu de la difficulté à remplir son coupon de participation. La suivante nous tend une main glacée et moite. La troisième a la gorge tellement sèche qu’elle n’arrive pas à répondre à notre première question. Le cortège s’étire, mû à la fois par la curiosité et le désir de dépassement. Et toutes — qu’elles viennent de Québec, de Trois-Rivières, de Sherbrooke, de Jonquière ou de Gaspé — nous disent avoir eu envie de rebrousser chemin, de prendre leurs (belles) jambes à leur cou et de rentrer à la maison, loin de cette glamourissime et affolante épreuve.

Nous sommes là pour les rassurer, les féliciter, les encourager. Car il en faut du cran pour se présenter à un concours de mannequins. «Après tout, on n’a plus 20 ans», ont avoué — mi-figue, mi-raisin — plusieurs candidates. Affronter le regard des autres, étouffer la peur de ne pas être à la hauteur, s’assumer pleinement… Ça demande de l’audace. Et elles en ont eu.

Je tiens à les remercier toutes, ainsi que leurs enfants, parents, conjoints, amies ou collègues, qui les ont convaincues de plonger dans l’aventure. Nous avons eu la chance et l’honneur de rencontrer des femmes splendides, équilibrées, authentiques. Merci.

J’ai éveillé votre curiosité? Rendez-vous à la page 80 du numéro de septembre du magazine Vita ou encore, sur cette page du site Vitamagazine.ca. Vous constaterez à quel point nos lauréates sont magnifiques et inspirantes. Peut-être vous donneront-elles le goût de venir nous rencontrer l’an prochain?

25 mai 2009

La dernière fois…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 9:16

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro d’été 2009

Vous est-il déjà arrivé de jeter un coup d’œil sur le chemin parcouru de votre (courte!) vie et de constater que cette dernière n’était finalement pas aussi banale que vous l’imaginiez? Que même si vous n’étiez pas une célèbre espionne, une athlète olympique ou une star de cinéma, votre existence était parsemée de moments tendres, drôles, bouleversants, surprenants; de premières expériences mémorables et de dernières fois tout aussi inoubliables (voir notre article «La dernière fois…» dans la dernière édition du magazine Vita)? Que ce bilan n’avait peut-être rien d’un grand film d’aventures, mais qu’il convenait parfaitement à votre nature?

Pour ma part, j’ai dans mon baluchon existentiel quelques dernières fois anodines, ordinaires, émouvantes, épeurantes, gênantes, amusantes… D’ultimes marqueurs de temps soulignant la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère, le passage d’une vie.

Je me souviens très bien, entre autres, de ma dernière expérience de camping: j’ai alors dit adieu aux maringouins, à l’humidité, au sac de couchage aux allures de sarcophage (sûrement à l’origine de ma claustrophobie), aux toilettes de fortune, à l’odeur de naphta émanant de la chaufferette, aux coassements des grenouilles et des autres campeurs… Je n’ai aucun regret.

La dernière fois que j’ai dansé la claquette, j’avais 14 ans. Nous étions chez mes grands-parents, le soir de Noël, et toute la parenté (une trentaine de personnes) était arrivée. Ça riait, ça jasait, ça s’obstinait. Pendant que mes tantes sirotaient leur p’tite crème de menthe verte, que mes oncles s’enfilaient leur cinquième flotteur et que mon grand-père fumait sa pipe dans son La-Z-Boy en cuir brun en attendant ma prestation (c’est d’ailleurs pour lui que j’affrontais ce public éméché), je peaufinais ma tenue. Puis, je me suis pointée dans le salon et j’ai «claquetté» sur un prélart mou, habillée en Shirley Temple, sans entendre une seule note du 45 tours qui jouait sur le tournedisque… Peu après ce dernier épisode, je me suis inscrite à des cours de ballet jazz.

Je me rappelle aussi ma dernière cigarette. À 29 ans, mon endocrinologue m’a gentiment fait remarquer que j’avais un teint gris cendré (un compliment qui fait toujours du bien), que mes dents allaient bientôt jaunir et que je riderais plus vite que mon ombre si je ne cessais pas de fumer. Pour ajouter à ses bons mots, il m’a montré des photos de poumons brun calciné (d’un chic!) et de membres amputés. Effet-choc assuré. Ça a marché, j’ai écrasé.

La dernière fois que j’ai fait une crise de foie, je me suis juré de ne plus jamais prendre un apéro au resto, suivi de quelques verres de vin et d’un digestif, le tout arrosé (au bar d’un ami) de shooters aux couleurs de l’arc-en-ciel, gracieusetés du portier ou du gérant de l’établissement! Quelle horreur! C’est F-I-FI N-I-NI!

La dernière fois que j’ai fait du ski alpin (je sais, c’est l’été, mais c’est le seul vrai sport que j’ai réellement pratiqué), on m’a conseillé de me concentrer sur l’après-ski, question de sécurité. Pourtant, j’avais à peine endommagé la cabane du préposé au T-bar — en descendant en downhill (l’unique technique que je maîtrisais vraiment) la pente la plus abrupte (à noter qu’au Lac-Saint-Jean une pente est synonyme de vallon) — lorsque je l’ai percutée de plein fouet. J’ai bien accroché quelques skieurs au passage, mais personne n’a été sérieusement blessé. À partir de ce moment, je me suis mise au ski de fond et je ne vous raconterai pas pourquoi j’ai finalement opté pour la raquette…

La dernière fois (je vous en passe un papier!) que je me suis cassé un petit orteil, je n’exécutais pas de triple vrille arrière suivie d’un salto avant, non, je passais l’aspirateur! En écrivant ces lignes, mon pied gauche reposant sur un coussin, engourdi de ne pas bouger, bleu de honte, je me dis que si nous devions faire la liste de toutes nos dernières fois, nous aurions là le portrait assez juste de ce qu’est la vie: un tour de manège sur des montagnes russes, rempli de ah!, de hi!, de ho! et de bah! Faites l’exercice, pour voir.

27 avril 2009

La zénitude, vous connaissez?

Classé dans : Corps et espritSylvie Poirier @ 9:03

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans l’édition de Mai 2009

D’emblée, je vous le dis, je ne poursuis aucune quête spirituelle. Je ne tiens pas à savoir s’il y a une vie après la mort, d’ailleurs je n’y crois pas. Par contre, je sais qu’il en existe une avant, et ça me suffit amplement. L’idée de comprendre d’où je viens, où je vais et pourquoi je suis de ce monde ne m’intéresse plus. Ce qui ne m’empêche pas de me questionner sur la nature humaine, sur notre capacité à réaliser de grandes choses, sur notre irrépressible propension à la destruction, sur le sens de notre existence, ici et maintenant. De me demander comment faire pour que le bonheur colle à la maison, pour devenir une citoyenne responsable et une meilleure personne. À voir la façon dont les religions et les croyances échouent dans leurs tentatives de rendre les fidèles heureux, paisibles et généreux, je préfère miser sur l’humanité, aussi imparfaite soit-elle. Il paraît que cette approche plus philosophique serait en fait une forme de spiritualité. Et moi qui me croyais libre de toute velléité mystique… Je n’échapperais donc pas à ce courant favorisant l’élévation humaine, la confiance en soi, la résilience et l’aptitude pour le bonheur, j’adhèrerais à ce mouvement dont la grande prêtresse est encore à ce jour Oprah Winfrey? Eh bien, si tel est le cas, je ne m’en offusquerai pas… Tant qu’on ne me parle pas de pseudopréceptes théologico-sacro-dogmatiques exploitant la crédulité, l’idolâtrie et la superstition des gens. Tout, sauf ça! Tout, sauf la spiritualité à cinq cennes où des gourous farfelus, des maîtres de chakras, des guérisseurs de l’âme, des coachs en tout genre voient dans notre aura toute la détresse du monde et la couleur du chèque dûment rempli. Tout, sauf ce qu’on retrouve dans le sac de récup spirituel: la pensée magique, la confiance aveugle en un guide unique, la psycho pop qui règle tout en 10 secrets, la formule en 15 séances pour être heureux, les ateliers pas très catholiques de croissance personnelle, les sectes qui nous promettent mers immondes… La spiritualité nage parfois en eaux troubles, en zones grises, c’est pourquoi je préfère parler de «zénitude». Conçu spécialement pour vous, lectrices de Vita, ce mot est devenu l’entête d’une nouvelle chronique qui ne vise qu’à vous divertir, à vous faire sourire et, pourquoi pas, à vous faire réfléchir. Après tout, Vita est sans contredit le lieu de rencontre de femmes inspirantes qui réinventent leur vie, transforment leur existence, réalisent leurs rêves, partagent leur expérience et aspirent à la plénitude, à la quiétude et, bien sûr, à la zénitude.

23 mars 2009

L’hymne à l’égoïne

Classé dans : HumourSylvie Poirier @ 9:05


Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de
Vita
Publié dans l’édition d’Avril 2009 

«L’enfer, c’est les autres… et les rénovations», aurait dit Jean-Paul Sartre s’il avait entrepris de retaper un appartement avec Simone de Beauvoir.

Avez-vous déjà eu envie de visser votre électricien dans le mur? De riveter votre menuisier sur un deux-par-quatre? De poncer votre homme à tout faire jusqu’au sang? D’emmurer vivant (ou mort, c’est plus humain) votre mari ou votre chum derrière la seule cloison qui tienne encore debout? Tout ça parce que vous vouliez moderniser votre cocon (devenu entretemps une maison de fous) et créer un espace plus design, plus moderne, plus… zen.

Vous étiez emballée à l’idée de rénover les deux étages de votre nid (toujours douillet malgré tout) avec votre amoureux (un futur maniaque à la tronçonneuse). Et vous vous êtes dit: «Pourquoi ne pas revamper le sous-sol, tant qu’à faire?» Une bonne idée, en effet, et constructive avec ça.

Depuis ce jour édifiant, votre vie est un chantier où rien ne va plus. Les délais sont plus longs que prévu. Les murs cachent des vices détestables. Votre plombier vous refile de mauvais tuyaux. Le somptueux vert platane choisi pour le boudoir a pris une teinte vert gourgane. Le plancher de bois franc ressemble à une plateforme de forage. La poussière de plâtre s’infiltre jusque dans votre soutien-gorge.

Et surtout, surtout, la facture totale vous scie, littéralement! Pourtant, on vous avait promis un montant presque coulé dans le béton. Naïve, va. «Ça vous en coûtera le double, ma p’tite madame. Votre chaumière, elle date pas d’hier…» Ma p’tite quoi? Furieuse, le teint rouge brique, la hache de guerre déterrée, vous répliquez: «Vous êtes complètement marteau, monsieur Lecave, et je ne débourserai pas un sou de plus!»

Mais que pouvez-vous faire? Lui servir un tir de mortier, l’écrouer dans le nouveau walk-in, le clouer entre quatre planches, lui faire tirer un joint… pour qu’il oublie? Non, il n’y a rien d’autre à faire — comme au Parcheesi — que descendre de l’échelle, regarder votre boa constructeur droit dans les yeux (pour la dernière fois, juré craché), sortir votre chéquier et payer.

Mais si l’envie vous reprend de rafraîchir votre demeure, n’hésitez pas à lire le reportage «Comment survivre à l’enfer des rénos». Vous économiserez temps, argent, énergie. Et votre tendre moitié ainsi que deux ou trois corps de métiers auront le loisir de vivre encore quelques années.

26 janvier 2009

Une femme à la mer…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 9:54

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans l’édition Février-mars 2009

Dans la vie, il y a des moments qui nous laissent présager que l’avenir ne sera pas un long fleuve tranquille. Que malgré les vents favorables, nous allons ramer. Que malgré nos choix éclairés, ce sera la galère.

Je me souviens, il y a une vingtaine d’années, une de mes grandes amies m’a appelée et m’a dit: «C’est la catastrophe! Ma mère… On mange ensemble, ce soir? Je te raconterai.» Tout de suite, j’ai pensé à toutes sortes de choses: cancer, accident de voiture, bactérie mangeuse de chair, permanente ratée, dépression d’hiver….

Ce n’était rien de tout ça. Thérèse (elle portait le même prénom que ma mère) venait d’apprendre que son mari était amoureux d’une autre femme et qu’il la quittait. Sa nouvelle flamme avait 30 ans. Et vlan dans les dents!

Thérèse ne s’était doutée de rien. À 57 ans, aussi bien dire vieille, usée, bonne pour le musée, elle n’avait pas ressenti la moindre secousse annonçant ce tremblement de cœur, ce glissement de vie. Elle avait choisi de rester à la maison et d’y élever ses trois enfants avec dévotion. Elle croyait que son mariage était en béton.

Pourtant, elle s’est fait plaquer sans façon. Pas d’amis, pas d’argent, pas de métier. Elle s’est retrouvée dans un petit condo, le cœur en bouillie, la vie en déroute, l’âme pleine de bleus, l’esprit à la dérive. Combien de Thérèse ont vu leur beau bateau couler à pic après des années de bonheur mêlées de rancœur, de douceur, de fureur? Une armada.

C’était l’époque qui voulait ça. Amarrés à la famille, à la maison, les hommes avaient soudainement — vers la quarantaine, voire la cinquantaine — envie de prendre le large et de tout larguer. D’aller voir si leur testostérone pouvait encore faire des vagues. Au diable la famille, les obligations, la routine, la libido dans la cale… et vive le démon du midi! Le plaisir de séduire, d’être admiré, de frétiller comme un saumon dans des eaux troubles mais ô combien excitantes noyait tout sur son passage.

Thérèse, Denise, Irène, Jacqueline, Francine, Monique et toutes les autres survivantes pouvaient bien sauter dans un canot de sauvetage et faire naufrage sur n’importe quelle plage, rien ne ferait changer de cap leur aventurier volage.

Ce souvenir fait remonter à la surface une émotion qui a probablement submergé bien des femmes: la frustration. Frustration d’être la farce de la dinde (ou de la nouvelle poule de son mari), la sirène amochée, la victime à réanimer, la mère éplorée, la femme ridée, poquée, «bourreletée». La femme qu’on ne désire plus.

Ma seule consolation, aujourd’hui? Les femmes ont appris à nager en solitaire. Elles sont mieux préparées à surmonter les écueils de l’existence, à surfer sur les obligations, à naviguer contre vents et marées. Elles voguent aussi bien entre les creux et les crêtes de leur vie personnelle, professionnelle et familiale que de leur vie amoureuse. Fini l’unique port d’attache.

De nos jours, les femmes de la trempe des Thérèse, Denise, Irène et autres figures de proue — matures, séduisantes, énergiques — attirent de plus en plus d’hommes, et même des plus jeunes (voir notre reportage Ils préfèrent les femmes mûres… Pourquoi?). Serait-ce ça, l’équité? Si oui, embarquement immédiat, et vogue le navire!

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