• Envoyer
  • Imprimer
  • Favoris
  • Document user evaluation
    (6 personnes)

Démodée, la politesse?

À Vita, on aime les bonnes manières. Dommage que tout le monde ne pense pas comme nous! Règles d'étiquette et de savoir-vivre.

Modifié le :
2009-11-13 10:35
Publié le :
2009-11-12 14:35
Par:
Karine Vilder
Politesse

istockphoto

Règles de savoir-vivre et de politesse

Voulez-vous savoir ce qui me choquait le plus quand j'étais enceinte? C'était de constater - un trajet après l'autre - que personne ne me cédait spontanément sa place dans le métro. Ma bedaine proéminente engendrait même chez les passagers un comportement plutôt étrange: dès qu'ils la remarquaient, la plupart d'entre eux baissaient subitement la tête pour se perdre dans la contemplation de leurs chaussures.

Et lorsque j'ai commencé à me promener avec une poussette, j'en suis carrément arrivée à la conclusion que les bonnes manières étaient désormais aussi rares qu'un sourire sur une photo de passeport, un été sans festival ou un médecin de famille au Québec en 2009.

Mais vous ne connaissez pas encore la meilleure: avez-vous déjà entendu dire que le fait de tenir la porte à quelqu'un augmentait les risques de tendinite? Eh bien moi, oui! Qui plus est, cette brillante affirmation était énoncée par un jeune type dont le t-shirt noir moulant révélait un tas de muscles aussi gonflés que lui! J'ai également vu quantité d'hommes se faufiler devant moi pendant que je me débattais en compagnie de fiston avec la porte d'un commerce, sans parler de la fois où je me suis fait engueuler par une ado parce que je bloquais l'entrée d'une boulangerie avec ma poussette double. Ce jour-là, excédée, je ne me suis pas gênée pour exploser. Mais au lieu d'en tirer une quelconque satisfaction, j'ai eu la tremblote pendant des heures, secouée parce trop-plein d'émotion...

"Ah oui? Ah bon!"
«La colère est souvent mauvaise conseillère» assure Denyse Bisson, propriétaire du Remarquable, une entreprise de Québec spécialisée en étiquette. «Idéalement, dit-elle, on devrait toujours attendre que notre réaction s'apaise avant de parler, car plutôt que de nous faire du bien, ce genre de défoulement nous fait perdre le peu d'énergie qui nous reste. Ça me fait d'ailleurs penser à une histoire, celle de deux femmes sur le point d'accoucher. L'une dit à l'autre:
- Si vous saviez à quel point mon mari m'aime! À la naissance de notre premier enfant, il m'a offert un manteau de zibeline.
- Ah oui? Ah bon! répond l'autre.
- Au deuxième enfant, j'ai reçu une rivière de diamants puis, au troisième, il m'a emmenée faire le tour du monde! Et vous?
- Moi, mon mari m'a offert un cours de savoir-vivre. J'y ai entre autres appris à dire "Ah oui? Ah bon!" au lieu de"Va ch...!"

J'aime bien cette histoire, poursuit la pro de l'étiquette, parce qu'elle montre qu'on peut conserver sa dignité d'adulte mature sans se laisser dominer par ses émotions - et ce, même si la situation est infecte. À 40 ans passés, on a en effet la répartie facile et plus on vieillit, plus on est portée à se montrer critique.» Reste à savoir comment réagir intelligemment - sans se transformer en chipie! - chaque fois qu'on tombe sur un impoli. Démonstration en huit cas précis.

 

 

Publicité

Politesse

istockphoto

Conseils vis-à-vis l'impolitesse

1. Ces portes de l'enfer...
Avec toutes les portes battantes qui se sont malencontreusement refermées sur mon passage, je me sens justifiée d'ouvrir le bal en posant la question qui me turlupine: existe-t-il une quel conque formule magique - du genre «Sésame, ouvre-toi!» - capable de métamorphoser un Monsieur Pectoraux malotru en gentleman?

Avis d'expert
Pier Massimo Forni, professeur à l'université américaine Johns Hopkins, fondateur de The Civility Initiative et auteur de La politesse, SVP! (Éditions de l'Homme), répond tout de go: «S'il s'agit d'un parfait étranger, on ne doit malheureusement pas exprimer notre irritation... courtoisie oblige.» Grrr! J'enrage! «En revanche, ajoute-t-il, si on connaît la personne qui omet de nous tenir la porte, on peut lui dire: "Suis-je invisible? Je tiens à le savoir parce que, si c'est le cas, je vais dorénavant utiliser ce superpouvoir!"»

2. Airs de boeuf: prendre le taureau par les cornes
Geneviève Demers, agente de communication, n'en revient toujours pas de la manière dont s'est déroulée sa première mammographie. «Je ne sais pas si j'ai été plus malchanceuse qu'une autre, mais ce matin-là, j'ai eu droit à une succession d'airs bêtes, se rappelle cette jeune quinquagénaire. D'abord, la réceptionniste n'a jamais levé les y eux vers moi, puis la technicienne m'a accueillie en énumérant une série de consignes militaires, et finalement, la radiologiste s'est adressée à moi sur un ton très sec. Bref, ç'a été une expérience horrible.»

Avis d'experte
À titre de spécialiste en bonnes manières, Denyse Bisson suggère quelques tactiques éprouvées pour composer avec les grincheux et autres airs de boeuf. «Tout d'abord, on s'adresse à ce type d'individu d'une voix calme et posée, en l'appelant par son nom si celui-ci figure sur son uniforme ou sur le comptoir. On devrait alors rapidement constater un changement d'attitude de sa part.

Personnellement, j'utilise souvent cette approche, et ça fonctionne à merveille. On peut aussi répliquer par un faux compliment, du genre: "Comme vous êtes aimable!" En lui adressant de telles félicitations qu'il ne mérite manifestement pas - et ce, toujours d'une voix calme et posée -, on lui fait gentiment prendre conscience que son comportement manque de savoir-vivre. Et, en règle générale, on obtient ensuite ce qu'on cherche: se faire servir avec le sourire!»

 

Publicité

Politesse

istockphoto

Conseils vis-à-vis l'impolitesse (la suite)

3. Pique et pique une place de stationnement
Avoir un permis de conduire n'est pas forcément gage de courtoisie au volant. Quand on considère le nombre effarant d'automobilistes qui se curent le nez aux feux rouges, pas étonnant qu'il y ait toutes sortes d'écarts de conduite...«Comme voler une place de stationnement, s'exclame Marie Forget, une artiste peintre de 53 ans. Quand on me fait le coup, dit-elle, j'enrage tellement que je l'ai sur le coeur longtemps!»

Avis d'experte
Même si c'est dur à avaler, il n'y a hélas pas grand-chose à faire dans une telle situation. «Si l'individu a fait ça délibérément, on se contente de passer notre chemin, mentionne Denyse Bisson. Comme cette personne est de toute évidence peu respectueuse, ça ne sert à rien d'aller luiparler. Dans la vie, il faut choisir ses batailles,et celle-là n'en vaut pas la peine. On attiserait alors une colère inutile qui risquerait de nous stresser au point de gâcher notre journée.»


4. Le moulin à vent!

«Là où je travaille, les cloisons tremblent et tout bouge sur mon bureau quand quelqu'un fait claquer la porte d'entrée en entrant ou en sortant, confie Anne France Dandurand*, une relationniste de 50 ans. On a même installé une pancarte affichant le message "SVP ne pas claquer la porte", mais rien n'y fait!»

Avis d'experte
Denyse Bisson a un truc infaillible pour remédier à ce genre de situation: créer un fonds pour une oeuvre de charité et réclamer 25 ¢ chaque fois que quelqu'un ferme la porte bruyamment. «Comme les gens sont souvent près de leurs sous, voilà une solution à la fois astucieuse-  parce qu'elle ne fâche personne! - et utile socialement.»


5. Bonjour les courriels!

Pour Charlotte Nadeau, une analyste d'entreprise de 41 ans, «ouvrir un courriel dans lequel il n'y a aucune formule de salutation est aussi désagréable que de recevoir une gifle. Écrire les mots "bonjour" ou "comment vas-tu?" ne prend pourtant que cinq secondes! s'indigne-t-elle. Et ça m'exaspère parce que, depuis quelque temps, on dirait que cette mauvaise habitude se répand. Même ma mère et certains de mes amis se le permettent!»

Avis d'experte
Lorsqu'on connaît bien notre correspondant, on peut évidemment lui en toucher deux mots. Mais s'il s'agit d'une simple relation de travail, Denyse Bisson suggère de répondre au courriel avec toute la politesse requise. «Par exemple: "Bonjour Hélène, j'espère que tuas passé une bonne journée. En réponse à ta question, je..." Et on signe. Il est fort probable que la personne prendra conscience de la froideur de son courriel par rapport au nôtre.»

Publicité

Politesse

istockphoto

La politesse au restaurant et dans l'autobus

6. Blackberry: La cerise sur le sundae!
«Comme je suis représentante, je mange plusieurs fois par semaine au restaurant avec des clients, raconte Lise Duhamel, 44 ans. Or, ce que je ne suis plus capable de supporter, c'est de voir mon voisin de table prendre tous ses appels ou jeter un coup d'œil à son BlackBerry toutes les deux minutes pendant qu'on dîne ensemble. Ça me donne l'impression de ne pas être assez importante pour qu'il m'accorde son attention!»

Avis d'expert
Même si ce genre de comportement nous donne envie de mordre - et pas nécessairement ce qui se trouve dans notre assiette! -, le professeur Pier Massimo Forni assure qu'on ne doit pas montrer les dents pour autant. «On fait plutôt gentiment comprendre à notre interlocuteur que, s'il a des choses plus urgentes à faire, on pourrait remettre le rendez-vous à plus tard.» Et s'il continue à consulter son BlackBerry alors qu'il affirme être disposé à nous écouter, on abat notre dernière carte: lui expliquer avec tact que ça nous déconcentre.

7. État de siège
Rencontrée dans l'autobus, GenevièveLeduc, une vendeuse de 48 ans, rouspète une fois de plus en constatant qu'elle sera encore obligée de faire le trajet debout parce que plusieurs places sont encombrées de manteaux ou de sacs. «Le mois dernier, dit-elle, j'ai poliment demandé à un ado d'enlever ses pieds pour pouvoir m'asseoir à côté de lui, et il a réagi en léchant son majeur!»

Avis d'expert
Dans ce genre de cas, Pier Massimo Forni conseille tout simplement de s'éloigner ou d'aller en parler au conducteur. On ne gagnera rien à s'obstiner avec un individu aussi grossier...à moins de tenir à envenimer la situation. Cela dit, on est tout à fait endroit de demander à un passager de retirer d'un siège ses objets qui en bloquent l'accès.

Publicité

Politesse

istockphoto

Le savoir-vivre au Québec

8. Ces «tu» qui nous tuent
Chez les jeunes, le tutoiement se répand comme une vraie plaie d'Égypte. Ce n'est pas moi qui le dis, mais la pro de l'étiquette Denyse Bisson qui le constate. En effet, quoi de plus désagréable que de se faire tutoyer gros comme le bras par le premier quidam venu? Ah oui, j'ai trouvé: se faire appeler «ma p'tite madame»!

Avis d'experte
«À une inconnue qui vient de nous tutoyer, il faut toujours répondre par le vouvoiement, déclare Mme Bisson. Car la meilleure façon d'endiguer le "tu", c'est encore d'employer le "vous".» Et si la personne en question ne semble pas comprendre le message? «On continue à la vouvoyer sans passer de remarque désobligeante. On ne peut quand même pas donner un cours d'étiquette à quelqu'un qu'on ne connaît pas! Ce serait de mauvais goût.» Remarquez, maintenant que j'ai franchi le cap de la quarantaine, je suis presque contente d'entendre un «tu»...Ça me donne l'impression d'être moins vieille!
*Nom fictif à la demande de la personne interviewée

LE SAVOIR-VIVRE AU QUÉBEC? BOF...
Un sondage réalisé en 2OO8 par la Société de l'assurance automobile du Québec révèle que 87 % des titulaires de permis de conduire trouvent que le manque de courtoisie au volant est un problème important.

En 2OO6, le magazine Sélection Reader's Digest a mené une vaste enquête sur la politesse qui dévoile - catastrophe! - que Montréal s'est classé au 21e rang mondial...en grande partie parce qu'on n'y tient pas les portes! En tête du palmarès, New York, Zurich et Toronto occupaient fièrement les trois premières places.

Des commentaires?
Vous souhaitez réagir à cet article? N'hésitez pas à nous faire part de vos impressions dans l'encart Commentaires ci-dessous. Pour ce faire, vous devez être membre de la communauté Vita. Connectez-vous ici. Vous n'êtes pas membre et vous souhaitez le devenir? Vous n'avez qu'à vous inscrire en cliquant sur ce lien.  

La version originale de cet article a été publiée dans le numéro de septembre de Vita.

Retour à la section Psycho

 

Publicité

Commentaires

  • Centaure's avatar Centaure a écrit :

    2009-11-14 8:24 AM

    La politesse fait partie intégrale de l'ÉDUCATION, ça s'apprend à la maison...actuellement à voir les résultats faut-il conclure que les parents n'ont plus le temps????? Si ça continue, les mamans auront juste le temps d'accoucher et hop...retourner au travail...assisteront nous au transfert du rôle parental? à ce compte là j'en aurais sûrement 12 comme ma grand-mère!!! Enfin les femmes ont voulues devenir l'égal de l'homme...est vraiment ce que nous avons accomplies? Serait-ce nos enfants qui paient le prix? sans parler de nos vieux...la prochaine étape est-ce que ce sera de les mettre dans une chambre à gaz et de tirer sur la 'plug'!!!!! Qu'avons-nous vraiment gagner? Enfin je me le demande ..... Centaure.
Laisser un commentaire

Les champs marqués avec * sont obligatoires.

Vous devez être connectée pour laisser un commentaire.

Envoyer à un ami

Les champs marqués d'un astérisque * sont obligatoires.

monVita

Inscrivez-vous pour commenter les articles, publier vos histoires ou encore, participer aux forums.


Bienvenue ! Se connecter, s'inscrire ou voir l'aperçu.

Publicité

Abonnement

Infolettre

Soyez au fait des nouveautés. Abonnez-vous dès maintenant.

Infolettre

Partenaires

Concours