«Je vais mieux, beaucoup mieux.»
Je répète encore devant le miroir. Si seulement j'arrivais à dire ma tirade haut et fort, peut-être m'inviterait-il à le quitter? Si seulement j'arrivais à tenir mon bout pendant 50 minutes - la durée moyenne d'une consultation, chez la plupart des psys -, je pourrais peut-être le convaincre de me donner congé? Parce que c'est ce que j'espérais, en fin de compte. «Allez en paix, votre taux d'empathie est revenu à la normale, les métastases agrippées à votre passé sont disparues, vous semblez libérée et affranchie. Bref, vous êtes guérie!»
Au lieu de me gratifier de cette conclusion tant espérée, mon psy m'attendait avec un diagnostic bien plus sombre que ce que j'anticipais. D'après lui, ma propension à vouloir réconforter tout un chacun était liée à ma peur de l'abandon et à ma difficulté à rompre, même quand les relations sont insatisfaisantes. Résultat: pour éviter de me sentir responsable de la perte de l'autre... j'endure!
Pour une fille qui voulait mettre un terme à sa thérapie, j'étais bien mal partie. Je sais, je sais: on n'est pas censée s'arrêter en plein milieu d'une démarche d'introspection. Mais si cette démarche nous rend mal à l'aise, pourquoi pas?
Le problème, c'est que mon psy et moi n'avions jamais discuté de l'éventuelle fin de ma thérapie. Et je le réalisais à cet instant même, en pleine séance de répétition devant mon miroir! Comment réagirait-il quand je lui ferais part de mes intentions? Aucune idée! Avec les hommes, je connais le mot de la fin... mais avec un psy? Quelle est la meilleure façon de mettre un terme aux consultations? Quand doit-on le faire? Et, surtout, quelles sont les «bonnes» raisons pour tourner la page?