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Rendez-vous avec le bonheur

Lyne Richer a successivement perdu sa grande amie, sa mère, sa belle-mère, son emploi et puis son conjoint. Histoire de résilience.

Modifié le :
2009-10-30 14:51
Publié le :
2009-10-30 13:46
Par:
Suzanne Décarie
Lyne Richer

Martine Doucet

Histoire de résilience

J'ai rencontré Lyne Richer à La rue des Femmes de Montréal, un organisme dont elle dirige la Fondation. Chaleureux et lumineux, ce lieu d'accueil pour les itinérantes doit sûrement adoucir la souffrance de celles qui le fréquentent.

Dans le bureau de cette blonde énergique au regard vif trône la photo de ses trois enfants: Laurent et Félix, ceux à qui elle a donné naissance, et Julien, le fils de son mari Stéphane, veuf comme elle. Ils se sont épousés le 8 du 8e mois 2008, une date symbole d'éternité pour eux. «Le chiffre 8 représente l'infini, dit-elle, radieuse. Et quand on a perdu des êtres chers, on sait qu'on est avec eux pour toujours...

Pour officialiser leur union, Lyne et Stéphane souhaitaient un mariage intime. Une centaine de personnes se sont toutefois jointes à eux pour faire la noce au chic Château Dufresne, répondant à l'invitation d'une amie qui tenait à souligner l'évènement en grand, après les années de cataclysme dont venait d'émerger la nouvelle mariée.


Départs successifs
Retour dans le passé, à l'époque où Lyne faisait ses premiers pas sur le marché de l'emploi. Avant de diriger la Fondation La rue des Femmes, cette stratège en communication a travaillé dans des boîtes de publicité. C'est d'ailleurs dans une agence de pub qu'elle est tombée amoureuse de Jean-Pierre, un illustrateur, le futur père de ses enfants. Par la suite, elle a oeuvré à la Fiducie Desjardins où elle a connu Diane, qui a d'abord été sa patronne pour ensuite devenir son amie.

En 1994, le jour où Lyne accouchait de Laurent, son fils aîné, Diane s'est elle aussi retrouvée d'urgence à l'hôpital où on a dû lui enlever l'utérus et les ovaires. Les médecins lui donnaient quelques mois à vivre: elle a tenu le coup plus de quatre ans. Le temps de préparer ses enfants à son départ. D'une lucidité et d'une force exemplaires, Diane a profondément inspiré Lyne, qu'elle a aussi familiarisée avec la mort. Les dernières heures de cette grande amie ont coïncidé avec la naissance de Félix. En congé de maternité, Lyne allait visiter Diane à l'unité de soins palliatifs avec son poupon

 

 

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Lyne Richer

Martine Doucet

Présente pour sa mère et sa meilleure amie

Présente pour son amie...
«On aurait dit que sa présence l'apaisait. Le simple fait d'entendre un bébé pleurer semait du bonheur sur l'étage...» Le jour où Lyne a senti venir la fin, elle a vite téléphoné au mari de son amie mourante et à son fils aîné, qu'elle a réussi à joindre au cégep où il étudiait. Diane a ainsi pu partir entourée des siens, le 28 janvier 2000.

... et pour sa mère
Un mois plus tard, Lyne apprenait que sa mère avait un cancer terminal du poumon. «Comme elle ne voulait pas mourir à l'hôpital, je lui ai trouvé une résidence offrant des soins palliatifs près de chez nous», raconte-t-elle. Entre les rendez-vous médicaux, les soins à donner à sa mère et à ses petits, Lyne se démenait, apprivoisant le système de santé pour savoir à qui réclamer quoi et comment. «Ça exige une telle énergie!» s'exclame-t-elle en se remémorant cet épisode éprouvant.

Du courage, mais aussi beaucoup d'aide
Heureusement, elle a alors pu compter sur l'aide de ses tantes, cousins et cousines, en plus du soutien de son conjoint. «Les gens ont posé des gestes et m'ont prodigué des attentions qui m'ont fait me sentir moins seule...» Sa mère appréciait tout ce dévouement et le lui disait souvent, d'ailleurs. Après des années de relations tumultueuses, mère et fille se retrouvaient enfin. Devenue veuve à 43 ans d'un mari mort sans testament, sa mère a dû trimer dur pour élever ses deux jeunes enfants, dont Lyne, la cadette, qui n'avait que 5 ans. «Nos rapports étaient tendus, se souvient-elle. Un enfant orphelin en veut toujours un peu au parent survivant, qui lui sert de punching-ball... J'étais loin de me douter que je serais à mon tour veuve à 43 ans, exactement comme maman, avec deux enfants, comme elle, et que le plus jeune aurait lui aussi 5 ans!» Et voilà qu'au mois d'août 2000, juste au moment où elles commençaient à se découvrir, la mère de Lyne est décédée, laissant sa fille triste et accablée.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le deuxième congé de maternité de Lyne a été fertile en émotions! Après avoir donné naissance à son cadet, elle a successivement perdu son amie et sa mère à quelques mois d'intervalle. En septembre, Lyne est retournée au travailla mort dans l'âme: «Je n'étais plus que l'ombre de moi-même.» Bientôt, un autre drame s'annonce: sa belle-mère, le pilier de la famille, se meurt d'un cancer des os. «Comme j'avais déjà appris à naviguer dans notre système de santé, j'ai pu prêter main forte à mon conjoint et à ma belle soeur», poursuit Lyne.

 

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Lyne Richer

Martine Doucet

Et puis... l'impensable

Onze mois après le décès de sa mère, celle de Jean-Pierre - la dernière grand-maman de ses enfants - est morte à son tour: «À travers cet autre départ, je revivais la mort de ma mère...» Ces multiples bouleversements ont plongé Lyne dans une grosse remise en question. Minée, sans aucune énergie, elle ne trouvait plus de sens à son travail,à sa vie. «J'ai fait une dépression, dit-elle. Il fallait que j'arrête, que je me soigne, que j'admette que mon boulot ne me convenait plus, que je fasse mon deuil de ça aussi.» Lyne a alors entrepris une psychothérapie et, avec une médication appropriée, elle s'est relevée plus forte,consciente de ses limites et sachant mieux ce qu'elle voulait, ce qu'elle valait. De nouveau sur ses rails, en pleine possession de ses moyens et pressée de travailler - le projet auquel Jean-Pierre se consacrait n'ayant pas reçu la subvention espérée -, Lyne a décroché un contrat en communication.

 

Cauchemar d'amour
En juillet 2004, au retour des vacances, l'univers de Lyne basculait pour de bon. Jean-Pierre, son amoureux, était à son tour atteint d'un cancer. Terrible et brutal, le diagnostic était sans appel: la tumeur - de la grosseur d'une orange, logée en plein centre du cerveau -était inopérable. Depuis quelque temps, Lyne ne reconnaissait plus son conjoint. Lui toujours si actif semblait déprimé, fatigué. Il ne dessinait plus, ne parlait plus, souffrait de pertes d'équilibre... Tout cela présageait un cauchemar qui durera cinq mois. Quelques jours après l'annonce fatale, une hémorragie cérébrale a plongé Jean-Pierre dans un coma dont il est sorti, au bout de deux semaines, aphasique et paraplégique.

Par la suite, il a pu dire quelques mots, mais il n'a jamais remarché. Pour célébrer les 50 ans de Jean-Pierre, e 5 octobre, Lyne s'est lancée dans l'organisation d'une exposition de ses maquettes,dessins et croquis: «Je voulais que ses collègues et amis puissent lu dire adieu ailleurs qu'à l'hôpital. Une copine nous a gentiment prêté sa galerie, alors qu'un autre ami m'a aidée à monter et à installer ses oeuvres. Le jour de sa fête, plus de 200 personnes sont venues le saluer!» Entre son homme, ses enfants et son travail, Lyne se débattait sans relâche, avec l'énergie du désespoir. Après le boulot, elle courait à la maison avant de filer à l'hôpital. Heureusement, elle n'était pas seule.

 

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Lyne Richer

Martine Doucet

Survivre après le pire

Le matin, une amie venait chercher les petits pour les conduire à l'école et à la garderie. Plus tard dans la journée, avant son retour, des voisines déposaient des plats chauds à sa porte. Et vers 19 heures, une gardienne se pointait systématiquement chez elle. «Je n'ai pas hésité à demander des choses précises aux gens qui m'entouraient», assure-t-elle, encore reconnaissante de toute l'aide qu'elle a reçue. Ce 25 décembre-là, Lyne et ses enfants ont festoyé en famille,à l'unité de soins palliatifs où Jean-Pierre occupait la chambre voisine de celle de Diane, quelques années auparavant. «J'en avais parlé avec lui et je lui avais demandé de passer Noël avec nous, sans quoi on ne pourrait plus jamais fêter.»

Le lendemain du jour de l'An, Lyne s'est couchée effondrée, consciente de ne plus pouvoir tenir ce rythme infernal. Et à deux heures du matin, le téléphone a sonné... «Je me suis rendue à l'hôpital et j'ai passé la nuit avec Jean-Pierre à écouter des chansons de Leonard Cohen, à l'embrasser, à pleurer, à lui dire que je l'aimais. Mon amour, l'homme de ma vie, le père de mes enfants est mort le 3 janvier 2005. Et moi aussi, un peu.»


Un jour à la fois
«J'ai d'abord survécu, comme les AA, un jour à la fois. Puis j'ai compris que, pour mes petits, il me fallait faire plus que ça.» Lyne y a travaillé avec de l'aide, avec l'appui d'une pédopsychiatre et...avec le temps. Elle a beaucoup lu pour mieux comprendre sa situation. À cet égard, la théorie de la résilience du célèbre neuropsychiatre français Boris Cyrulnik lui a été d'un grand secours. «Peu à peu, j'ai appris à vivre seule avec les enfants. Auparavant, à la maison, c'était Jean-Pierre qui préparait les repas, qui allait conduire les petits le matin et les chercher l'après-midi. Il adonc fallu que je me mette à cuisiner, que j'apprenne à conduire. J'ai obtenu mon permis à 43 ans!

En fait, on arrive à se reconstruire grâce à tous ces défis. Mais pour ça, il faut être bien entourée.»«Dans de pareilles épreuves, ajoute t-elle, on a besoin d'un réseau. Moi, j'ai eu la chance d'en avoir un tout ce temps là. Les amis, les voisines, les parents et les éducateurs de la garderie de Félix et de l'école de Laurent m'ont tous aidée. Une belle solidarité s'est créée autour de nous, entre autres parce que j'ai su quoi demander, à qui et à quel moment.

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Lyne Richer

Martine Doucet

Après la pluie...

Mais ensuite, quand on veut rendre aux gens ce qu'ils nous ont donné, on ne réussit pas toujours.» «Il faut alors trouver un autre moyen de remettre tout ça. J'ai donc cherché un organisme où mon expérience en communication pourrait être utile. Après quelques détours, je suis arrivée à La rue des Femmes, en pensant à ma mère qui, après la mort de mon père,avait failli se retrouver à la rue. Et à toutes ces femmes brisées, seules, sans soutien, sans réseau.»


Croyez-vous aux contes de fées?
À la recherche de livres sur le deuil des enfants, Lyne a un jour communiqué avec Stéphane, un papa veuf depuis peu,dont elle avait entendu parler à la garderie. Après le décès de Jean-Pierre, il lui a demandé si son fils Julien pouvait rencontrer Félix qui, comme lui, avait récemment perdu un parent. «Nous nous sommes vus pour la première fois en juillet 2005. Les garçons se sont amusés pendant que nous parlions du décès de nos conjoints, Jean-Pierre et Sophie. Nous avons tout de suite été complices. Et comme l'expérience avait été agréable, nous l'avons répétée à quelques reprises.»

En décembre 2006, Lyne a obtenu un mandat professionnel à quelques pas du lieu de travail de Stéphane. Résultat:ils se sont mis à dîner ensemble, sans les enfants. «Un midi de février, il m'a annoncé que c'était son anniversaire et qu'on le fêterait ce soir-là. J'ai alors ressenti une pointe de déception à l'idée de ne pas être invitée. Quelle révélation: j'étais encore vivante! J'avais envie d'avoir un amoureux et de célébrer avec lui! J'ai alors compris que, si je voulais que mes enfants soient heureux, il fallait que je le sois moi aussi. J'étais une maman, bien sûr, mais également une femme...»

Quelques jours plus tard, Stéphane lui a proposé une sortie au Festival Montréal en lumière. Après une tournée des musées, ils se sont retrouvés sur la patinoire du Vieux-Port, où ils ont passé une bonne partie de la nuit. «Chaque fois qu'il me prenait la main, j'avais l'impression d'être foudroyée par un courant électrique», se souvient Lyne. Une fois rentrée à la maison, elle lui a envoyé un courriel pour lui dire qu'elle avait des choses à lui confier... mais qu'elle n'osait pas. La réponse du destinataire n'a pas tardé, Stéphane lui avouant des sentiments réciproques.

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Lyne Richer

Martine Doucet

Le miracle: le 8 du 8e mois 2008

Tout doucement, au fil des rencontres, les deux complices sont devenus amants. Le nouveau couple et leurs enfants ont passé quelques weekends tous ensemble,puis davantage... C'est lors d'un voyage en Guadeloupe, où Stéphane avait invité sa douce, qu'il l'a demandée en mariage. «J'ai aussitôt accepté, raconte Lyne, mais je trouvais qu'il fallait d'abord en parler aux enfants. À notre retour à la maison, on leur a dit qu'on était amoureux, qu'on souhaitait vivre en famille avec eux et qu'on avait envie de se marier. À tour de rôle, chacun s'est exprimé. Julien, lui, s'interrogeait: sa maman Sophie serait-elle jalouse s'il me donnait des becs?»

Toujours est-il que le 8 du 8e mois 2008, Stéphane et Lyne ont convolé en justes noces. «Nous formons maintenant une famille de sept, explique la nouvelle mariée, car Sophie et Jean-Pierre sont toujours présents dans nos vies. Oui, le bonheur existe. Comme pour les contes de fées, il suffit d'y croire...»


La rue des femmes
Situé au centre-ville de Montréal, l'organisme sans but lucratif vient en aide aux femmes itinérantes. En plus des services essentiels (hébergement, repas, dépannage...), ces dernières y reçoivent conseils,soutien et accompagnement afin de reprendre leur vie en main. Pour en savoir plus: 514 284-9665 ou laruedesfemmes.com.

Photo:
Martine Doucet, photographe

 

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Commentaires

  • lise9812's avatar lise9812 a écrit :

    2009-11-01 4:56 PM

    Quel cheminement belle dame,que de courage a travers tous ses événements je vous leve mon châpeau,et je suis contente de voir que les choses se sont arrangées pour le mieux.Je vous souhaite tout le bonheur du monde. Prenez-soin de vous.DIANE MORIN ÉMAIL;hawai50@live.fr
  • topaze's avatar topaze a écrit :

    2009-11-04 5:40 PM

    Quel leçon de vie....vous avez toute mon admiration madame!!! Soyez heureuse!!! Que la vie soit bonne pour vous!!!! SOLANGE
  • ambesnard's avatar ambesnard a écrit :

    2009-11-04 9:36 PM

    chère Lyne, j'ai été très émue en lisant votre article. Comme je vous lève mon chapeau !! Comme j'ai perdu plusieurs membres de ma famille immédiate, je comprends votre souffrance et je sais qu'il n'est pas facile de retrouver le bonheur !! Vivez pleinement et vous êtes un exemple de courage et de détermination !!
  • Lagrande1's avatar Lagrande1 a écrit :

    2011-06-22 10:19 PM

    Chère Lyne, Je suis tombée sur votre article par hasard en faisant une recherche sur Google avec mon nom (nous avons le même). Wow, quelle leçon de courage!! La lecture de votre histoire m'a donné des frissons... Je suis très heureuse que le bonheur soit à nouveau dans votre vie. Bonne continuation et soyez bénie.
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