Nouvelle carrière: vendre de la lumière
Boulevard Saint-Laurent, Montréal. Une grande vitrine toute sombre attire mon regard. Je ne distingue rien, si ce n'est une phrase mystérieuse peinte à même la vitre et à laquelle on ne résiste pas: La lueur d'une bougie n'est rien sans l'obscurité. Entrez et vous comprendrez. Le Comptoir d'Ailleurs: c'est bien ici que j'ai rendez-vous.
Je pousse la porte et, en effet, je comprends tout de suite. Le spectacle est saisissant. De calme et de beauté. De volupté aussi. Sur fond de musique légèrement rythmée, je me retrouve dans un immense espace plongé dans la pénombre, égayé toutefois par le mouvement d'une multitude de petites flammes.
Est-ce un sanctuaire, un monastère, un lounge, une galerie d'art? Non, me voilà dans la seule boutique de la ville entièrement consacrée aux photophores. Il y en a partout, de ces porte-bougies particuliers, de toute les formes et de toutes les couleurs. Au mur, une série de photos géantes dévoilent une Mongolie désertique. Et toujours cette musique qui fait rêver. Spectacle étrange et magnifique. Presque magique.
Claudine Blanchet apparaît au fond de la boutique et me ramène sur terre d'un sourire invitant. Une beauté naturelle dans un décor quasi irréel, qui ne fait vraiment pas ses 47 ans.
Passion mode
C'est au milieu des flammes dansantes des bougies que Claudine raconte son histoire. Deuxième d'une famille de quatre enfants, elle a grandi à Montréal jusqu'à l'âge de 10 ans, puis a vécu à L'Assomption jusqu'à ses 25 ans. Elle rêvait de devenir vétérinaire, mais le domaine des sciences de la santé ne lui convenait pas vraiment, elle qui avait toujours réussi sans trop étudier. Son tempérament d'artiste attendait sagement de prendre sa place.
C'est plutôt à l'Institut Philippe- Pinel qu'elle a passé les premières années de sa vie professionnelle. Vous avez bien lu. Aux cuisines, à la sécurité, puis à l'admission, éprouvant pendant ces neuf ans une certaine fascination pour l'univers psychiatrique.Mais le sentiment étouffant de stagner — sans compter la lourdeur des cas traités — a fini par lui donner une folle envie de s’évader.
C'est à la même époque que Claudine a connu le photographe Pierre Choinière. Cette rencontre allait complètement bouleverser sa vie. La Mongolie désertique, c'est lui. Ils ont d'abord travaillé ensemble, puis sont tombés amoureux. Une relation qui n'a cessé de grandir et qui ne pouvait rester secrète.
et cherchaient une idée inspirante. En 2005, alors qu'ils étaient au Maroc pour un contrat de photos publicitaires, ils ont fait la connaissance d'une commerçante de bougies artisanales. Coup de foudre. «Une flamme qui bouge, c'est simple et magique à la fois.»C'est ainsi qu'ils ont commencé à faire venir d'Afrique du Nord des conteneurs pleins de photophores. Deux ans de travail acharné, sept jours sur sept. Avec un désir de perfection, mais de réussite aussi. «Nous sommes d'abord des artistes», précise Claudine. Conçue en duo, la boutique leur a valu en 2007 un prix Créativité Montréal (commerce de la semaine). La clientèle? On ne peut plus diversifiée: des spas, des hôtels, des bars, des casinos, des salons de massage, des salles de réception, des passants... Bref, c'est un franc succès. «Un jour, un homme aveugle est entré dans la boutique. Il voulait offrir de la lumière alors qu'il ne l'avait jamais vue lui-même», se souvient-elle, encore émue.
Le couple a plongé alors que le financement n'avait même pas encore été autorisé. Imaginez un local de 2800 pieds carrés sans plomberie ni électricité.complètement aménagé en 12 jours! L'amour rendrait-il fou? «En quelque sorte. On prend plus facilement des risques, c'est certain», dit Claudine en riant.