Un élan de liberté
Un élan de liberté
Sans matériel ni laboratoire en soutien, Catherine et Agnès établissent avec leurs patientes un dialogue fait de touchers et de regards. Pendant que l'interprète traduit, les médecins transposent les maux en gestes, caressant un visage aux yeux qui ne voient plus, palpant délicatement un ventre gonflé par une énième grossesse. Du bout des doigts, elles tentent ainsi de percevoir ce que veulent dire les mots lâchés sans retenue. Car à l'abri du regard des hommes, les femmes nomades se découvrent, au propre comme au figuré, sans fausse pudeur, trouvant enfin dans l'écoute de Catherine et d'Agnès «une reconnaissance de leur douleur».
Comme les deux médecins, je suis effarée par la découverte de ces corps constellés de cicatrices faites par des pointes de fer rougies au feu*. Mais je tombe aussi sous le charme de ces femmes qui revendiquent, le temps d'une consultation, le peu de liberté qu'on leur accorde. «J'ai déjà six enfants, je ne veux plus de sexe», nous dit l'une d'elles, réclamant du même coup, avec l'accord de son mari, une prescription pour la pilule. Contraste entre modernité et tradition qui ne cesse de me surprendre. «C'est vrai, reconnait Catherine, il y a un élan ici qu'on ne voit pas en Afghanistan, par exemple. Les femmes sont avides de connaissances. C'est pourquoi elles attendent beaucoup de nous.»
Durant la journée, Catherine et Agnès diagnostiquent des inflammations, des rhumatismes, de l'hypertension, des colopathies, des cataractes, des utérus «trop gros», etc. Elles prescrivent des médicaments, parfois la pilule - en expliquant à l'aide d'un dessin comment la prendre correctement. Une belle journée, en somme, menée sereinement et avec succès! Seule ombre au tableau, nous apprenons que l'unique école itinérante des enfants nomades a été fermée, faute de financement. En fin de journée, alors que tous dégustent le couscous offert par l'ADRAPAC, une idée germe au sein l'équipe médicale. Espérons qu'elle aboutira pour la prochaine caravane 2010... Inch' Allah! (Si Dieu le veut!)
* Tradition de la pointe de feu: pour apaiser une douleur, on appose, là où cela fait mal, une pointe de fer brûlante. La plaie s'infecte et, selon les croyances, le pus qui sort de la blessure emporte la douleur
Album souvenir de la Caravane médicale
En 2009, la caravane a visité sept villages et un groupe de nomades, et a accordé 4582 consultations (à 90 %, des femmes et des enfants). Notre journaliste, Christine Simonnet-Barberger, partage avec nous son album de photos souvenirs de sa journée déroulée en compagnie de femmes exceptionnelles.
Photos:
Serge Anton
Christine Simonnet-Barberger