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25 mai 2010

La beauté apprivoisée

Classé dans : BeautéSylvie Poirier @ 9:41

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro d’été 2010

Dès l’instant où nous avons décidé de réfléchir sur le thème de la beauté et d’en présenter les états généraux dans le numéro d’été, il a fallu s’interroger sur la pertinence d’un tel exercice.

Pourquoi traiter d’un sujet à première vue frivole et superficiel? Qu’y avait-il tant à dire sur la beauté sinon qu’elle fait naître en nous des sentiments ambivalents? Que la relation qui nous unit en est souvent une d’amour-haine?

Qu’en adoptant les modes et les courants du moment, nous avons la détestable impression de nous plier aux dictats des faiseurs d’images? Que notre désir d’être jolies, sexys, séduisantes — tout en étant reconnues pour notre valeur, notre intelligence, nos compétences — ne rime pas toujours avec harmonie?

Que dire encore sinon que nous sommes souvent désarçonnées par la bête qui nous entraîne dans une déraisonnable course à l’uniformité, à l’homogénéité, à l’indifférenciation: lèvres débordantes, sourcils surpris, visages arrondis…

Le modèle unique oblige à une réflexion. Comment réconcilier nos deux mondes? Comment recourir à l’arsenal beauté sans se dénaturer, et ce, même si l’apparence demeure le plus grand pouvoir accessible et démocratisé de l’époque?

La sacro-sainte image si importante et omniprésente dans notre société — axée sur le jeunisme et le paraître — est devenue un passeport pour la réussite, une marque de commerce dont nous sommes les messagères. En ce sens, l’industrie de la beauté peut contribuer à notre succès en nous permettant de gommer quelques rides, deux ou trois sillons, une dizaine d’années, pourquoi pas.

Et puisque nous avons LE CHOIX — un fabuleux privilège accordé à notre génération —, il n’en tient qu’à nous de poser nos limites. De toute façon, un jour ou l’autre, il nous faudra laisser vivre nos rides et leur être reconnaissantes du parcours qu’elles expriment.

Depuis la nuit des temps, la quête de beauté est intimement liée à l’expression de notre personnalité et à l’affirmation de notre identité. Puiser dans l’ADN beauté de femmes sublimes, brillantes et pertinentes comme Geneviève St-Germain, Denise Bombardier, Nathalie Collard, Marie Saint Pierre et Rachida Azdouz, leur demander de dérouler le génome du culte de l’apparence et d’en codifier les principaux jalons signifiait susciter le débat, la discussion, mais voulait surtout dire… se faire plaisir et vous faire plaisir.

Nous souhaitons que notre Dossier beauté: L’éternel paradoxe (présenté dans le dernier numéro de Vita) puisse vous allumer, vous divertir, vous étonner et alimenter vos conversations estivales. Que dire d’autre sinon que l’exercice en valait la peine, car la beauté, c’est bien plus que du bonbon…

La Table ronde en vidéo
Ne manquez pas de visionner les vidéos des moments forts de la Table ronde. Et vous n’en douterez pas, avec de telles invitées ces moments ont été nombreux!

27 avril 2010

Histoire de pêche…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 11:06

Vous ai-je déjà dit à quel point le camping m’inspire misère et frayeur? Eh bien, laissez-moi vous le redire: je déteste les tentes, les roulottes, les feux de camp, les papillons de nuit et la promiscuité.

Pourtant, j’aime la campagne: je viens du Lac-Saint-Jean. On parle ici de forêt boréale, de lacs incroyables, de rivières sauvages, des plus gros bleuets au monde (qui sont en fait les plus petits), des atocas (canneberges pour les non-initiées) les plus antioxydants sur la planète!

Malgré ces origines rurales, je ne possède aucun gène actif de coureuse des bois, même si j’ai une Micmaque de la Gaspésie parmi mes aïeules et que mes parents adoraient camper, pêcher et chasser.

L’idée de dormir dans un camp de fortune au coeur d’une faune de mulots, de mouches noires, de taons à cheval, de limaces gluantes, de fourmis dévoreuses d’orteils, de renards roux, de loups blancs (on ne les trouve qu’au zoo de Saint-Félicien, mais on ne sait jamais…), d’ours noirs, de chouettes au regard terrifiant, d’orignaux en rut et d’araignées velues (il paraît qu’elles ne sont pas poilues par chez nous) ne m’inspire pas plus qu’il le faut.

«Mais voyons, on est tellement bien dans la forêt, loin du brouhaha de la ville [qui a dit ça?], de la pollution [ça reste à prouver], du bruit [pas d’accord], du stress [vraiment pas d’accord].»

Je n’ai jamais compris pourquoi certains hommes s’excitaient tant à la seule pensée d’une partie de pêche ou de chasse, loin de leur cocon, d’une douche chaude, d’un lit douillet…

Pourtant, inutile de chercher midi à quatorze heures, les raisons sont évidentes: jouer à Daniel Boone, c’est s’éloigner du quotidien, des problèmes de couple, de famille, d’argent, de travail; c’est fuir la routine, l’ennui… C’est respirer un bon coup et se permettre d’être soi-même. Pas besoin de parler (ou si peu), de se laver (ou si peu), de se raser (ou si peu), de ranger (ou si peu), de cuisiner (ou si peu), de penser (ou si peu).

Au plaisir de la nature, de l’isolement, de la camaraderie et de la simplicité volontaire s’ajoute un sentiment de liberté, de quiétude, de paix. De sainte paix!

Si je n’avais pas peur de mon ombre, des bestioles et du noir, je ferais comme ces femmes qui ont découvert les joies de la pêche entre membres de la même espèce (voir notre reportage «Une femme à la pêche!» dans le dernier numéro de Vita) et je profiterais de ce répit pour refaire le plein, rigoler avec mes copines et, pourquoi pas, taquiner le poisson.

Mais malgré la perche tendue par notre journaliste — qui a trouvé l’expérience miraculeuse —, je ne mordrai pas à l’hameçon, point à la ligne. Quant à vous, rien ne vous empêche de prendre le brochet par les nageoires et de vivre une aventure frétillante. En plus, vous percerez LE grand mystère masculin… Allez mesdames, on ne loupe pas la chaloupe!

De bonnes adresses…
Ça y est! Notre rédactrice en chef vous a convaincue, mais vous ne savez pas où aller? Consultez nos bonnes adresses dans cet article Pourvoiries: Pêche pour elles…

22 mars 2010

Chaque chose à sa place…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 8:35

et les obsédées seront bien gardées.

Il y a quelques années, j’étais, disons, très organisée. Aujourd’hui, je le suis plus raisonnablement (enfin, c’est mon avis). Mes armoires de cuisine ne supportaient pas qu’un verre à eau se retrouve à côté d’une coupe à champagne, qu’une tasse en porcelaine côtoie une tasse en céramique, qu’un bol à soupe fricote avec un bol à dessert. La première étagère de ma lingerie hébergeait les débarbouillettes (empilées par couleurs), la deuxième et la troisième, les serviettes (superposées par textures), la quatrième, les produits de toilette (rangés par grandeurs et grosseurs). Ma garde-robe se targuait de présenter mes vêtements de façon logique et pratique: ceux de la semaine au centre, classés par kits; ceux des sorties plus chics à droite; ceux du weekend au fond à gauche. Les objets décoratifs avaient une place assignée: un centimètre à côté, tout était déséquilibré; un centimètre plus bas, ça n’allait pas.

Mon frigo était le maître incontesté de la gestion par associations: les légumes avec les légumes, les fruits avec les fruits, les liquides avec les liquides, je pense que vous avez compris le principe. Pourtant, mes enfants ne semblaient pas saisir l’importance de cette organisation. Ma fille rangeait le lait avec le jus, même s’il est évident que le lait fait partie du groupe des produits laitiers, on s’entend. Mon fils, pas plus sensible à ma cause, garrochait la bouteille de ketchup à côté de la sauce soya: comment pouvait-on être aussi inconscient? J’avais beau expliquer, dans un élan irrité, que la sauce soya — tout comme la tamari et la hoisin — logeait au clan des sauces aux huîtres, au poisson et au piment, et qu’elle n’avait, mais alors là, rien à voir avec la moutarde, la mayonnaise, les cornichons sucrés, la relish et autres condiments, il n’y avait rien à faire. Tour à tour, Alex plaçait le beurre avec les oignons (sacrilège!) et Valérie cachait le fromage avec les pommes de terre (hérésie!). Mais qu’y avait-il de si compliqué à comprendre là-dedans?

Ma bibliothèque est encore classée par ordre alphabétique d’auteurs (sinon, comment s’y retrouver?), ma pharmacie a un agencement bien précis (les produits de beauté à gauche, les dentifrices et compagnie au centre, les médicaments à droite), les tiroirs de cuisine — et seulement eux! — ont le droit de manifester un certain désordre, mais les objets doivent appartenir à la même catégorie: celui du haut accueille les ustensiles, celui du milieu, les linges à vaisselle, et celui du bas, les cossins (ampoules, tournevis, papier alu, chandelles, marteau…). Pas besoin de vous dire que ce dernier tiroir m’obsède! Mais bon, avec le temps, j’ai appris à lâcher le morceau, ou presque.

Là où je perds véritablement le contrôle, c’est dans la façon de gérer mes placards et mes hangars: peu importe mes tentatives semestrielles de grand ménage, un bordel certain finit par s’installer. Et savez-vous quoi? Je m’en contrefous! Incroyable! Je suis de plus de plus détendue au sujet de l’astiquage et du rangement. Mais un fait demeure: l’organisation me permet de gagner temps et énergie. Lorsque mon espace vital est rangé, mon cerveau est rassuré et peut travailler «l’esprit» en paix.

J’ignore toujours si je fais partie des obsédées (voir notre reportage «Peut-on être trop organisée?» dans notre dernier numéro d’avril), mais je crois que mon besoin de savoir exactement où se trouvent les objets de la vie courante, de tenir à tout faire à la perfection, d’être plus ponctuelle que la reine d’Angleterre, d’avoir de la difficulté à déléguer, de vouloir être la meilleure, la plus efficace et la plus performante relève du même axiome: la peur de perdre le contrôle. Je l’avoue et j’y travaille. Et vous?

25 janvier 2010

Ce que femme veut…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 10:15

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro de Février-mars 2010
spoirier@vitamagazine.ca

Avoir 40 ans et plus aujourd’hui, c’est fantastique! On peut faire à peu près tout ce qu’on veut. On est libre d’être en couple ou pas, d’avoir des enfants ou pas, de miser sur sa vie professionnelle ou pas. On peut opter pour le mariage, l’union civile, le concubinage, le célibat, le batifolage; on bénéficie de congés de maternité avantageux; on a la possibilité de faire carrière en politique, en affaires, en sciences, en ingénierie, en cinéma, en astronomie, en restauration, en diplomatie, en édition… Bref, nos rêves sont accessibles, possibles. Ce qui n’a pas toujours été le cas, ne l’oublions pas. Aurait-on atteint le nirvana? N’exagérons pas. Mais on ne lâche pas. Le féminisme nous a ouvert toutes les voies. C’est un constat, pas la fin du combat.

Ceci expliquant cela, on se rapproche merveilleusement (ou dangereusement) de notre objectif: être tout ce que les hommes peuvent être. Mais sans le débordement de testostérone, sans les poils, sans leur incapacité à faire deux choses en même temps, sans leurs nombreuses (et parfois injustifiées) crises d’hystérie au volant, sans le garage aux mille cossins, sans les parties de chasse à la bière, sans les matchs de boxe… sans la Cage aux Sports.

Oui, la vie nous intéresse. Oui, on se lance. Oui, on peut tout réaliser. Oui, on connaît les aléas de l’émancipation. Et oui, on les assume. On peut, par exemple, se retrouver le bec à l’eau si on se sépare de notre conjoint et qu’aucun contrat ne nous protégeait (voir notre reportage «Pacte conjugal: mieux vaut prévenir que guérir», p. 71).

On peut, du jour au lendemain, frapper un mur d’incompréhension si notre époux nous laisse pour… un homme! («Il m’a quittée pour un homme!», p. 74). On peut espérer le prince charmant pendant au moins cent ans depuis que le flirt a été décrété dépassé («Je te drague… moi non plus», p.61). On peut devenir rouge comme une tomate et ruisseler telle Jeanne d’Arc sur le bûcher en pleine réunion de direction quand une chaleur nous consume («La méno au bureau: attention, j’ai chaud!», p. 66).

Jojo ou pas, la liberté nous va bien, et on y tient. Comme le chanterait judicieusement Ariane Moffatt, «on veut tout, ici et maintenant…» On veut la santé, l’amour et l’amitié, le boulot rêvé, le cottage «détaché», la Mini Cooper décapotée, les sacs griffés, les produits de beauté… On veut tout. Et on mérite tout.

La seule chose qui ne nous soit pas accessible, c’est la vie éternelle. Pour le moment. Mais la bonne nouvelle, c’est que plus on est optimiste, plus on est heureux, plus on a de chances de vivre longtemps («L’optimisme, c’est positif!», p. 107).

Alors, on se fait plaisir, ça garde jeune…

23 novembre 2009

Place à la compassion

Classé dans : GénérositéSylvie Poirier @ 10:26

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro de Décembre 2009-janvier 2010
spoirier@vitamagazine.ca

Il y a tellement de façons de donner et tant de gens dans le besoin que notre sens du partage se perd dans les couloirs de la misère. On ne sait plus à quelle cause se dévouer. Pourtant, les Québécois sont reconnus pour être généreux.

Mais la crise économique, les scandales financiers à la Vincent Lacroix, Bernard Madoff et Earl Jones — pour ne nommer que ceux-là —, l’incompétence de plusieurs de nos dirigeants, la collusion et la corruption dans le monde municipal et le milieu de la construction… Tous ces abus de confiance, ces obus de malveillance nous frappent de plein fouet, nous laissent une indécrottable impression de déjà vu (et le pressentiment qu’on n’a encore rien vu).

Pas étonnant qu’on se demande si ce bourbier n’est que la pointe de la fosse septique. Qu’on imagine un abîme sans fond de malversations qui attendent d’être mises au grand jour. Qu’on finit par croire que seuls les contribuables ont attrapé le virus de l’honnêteté et que les experts en magouilles et embrouilles sont carrément immunisés.

Difficile de ne pas être cynique dans un tel contexte, mais on doit garder à l’esprit qu’il existe des gens pour qui l’intégrité, la générosité et la probité ne sont pas que des concepts. Des personnes qui portent à bout de bras des causes ardues mais jamais perdues. Des femmes et des hommes qui nous redonnent espoir et confiance en l’être humain.

Et il y a nous, la majorité occupée, débordée, fatiguée, qui ne peut imaginer ajouter une «corvée» bénévolat à son BlackBerry. Pas de temps, pas d’argent, pas d’énergie, pas d’intérêt.

Alors qu’un petit geste peut faire une différence. Cliché ou pas, qu’on y croie ou non, acheter le magazine L’Itinéraire à l’occasion, participer à la guignolée, donner à un organisme de son choix, contribuer au panier de Noël de son entreprise, faire cadeau d’un livre neuf à la Fondation pour l’alphabétisation, assister à une soirée-bénéfice, offrir un sourire, un bonjour et encore mieux un dollar à un sans-abri, devenir Grand Frère ou Grande Soeur… Tous ces gestes, petits et grands, aident, soulagent et  réconfortent.

Partager n’a jamais fait mourir personne, pas même les gens occupés, mais l’indifférence, elle, peut tuer…

19 octobre 2009

Pareils, pas pareilles?

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 15:38



Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro de novembre 2009
spoirier@vitamagazine.ca

Alors que j’avais 18 ans, les mots féminisme, parité et égalité ne signifiaient pas grand chose pour moi. Dans mon souvenir, nous étions tous égaux devant l’indolence. C’était l’époque des communes, où des copines en bottines et des barbus sympathiques faisaient pousser des légumes bios et du pot organique; l’époque des voyages à Vancouver où la même bande de babas cool allait cueillir des fruits exotiques et des champignons magiques; l’époque des piaules où des poilus de tout acabit se retrouvaient autour d’une pipe à eau et écoutaient (quand ils avaient encore un peu de lucidité) les Led Zeppelin, Gentle Giant et Janis Japlin de ce monde.

Mais dans ce tourbillon de boucane et de brume ont germé quelques idées d’absolu: l’amour libre ( je n’ai jamais réussi à adhérer à ce concept), la paix sur terre, la fin de la guerre, le macramé et l’égalité (la brume finissait tout de même par se dissiper).On plantait des causes, on cultivait des idéaux, on semait des graines d’espoir. Et le monde pouvait rêver.

Décidément, on était dans le champ. Et on n’est toujours pas sorti du bois.

La guerre s’enracine un peu plus chaque jour, la famille s’est recomposé une drôle de cellule, le couple est devenu une sorte de mutant dont on ne saisit pas encore très bien la transformation, l’amour cherche à éclore sous le macadam de la violence et de l’individualisme, et l’égalité n’est pas gagnée.

Comme féministe, j’ai longtemps pensé que les différences entre les hommes et les femmes ne favorisaient ni l’équité ni l’égalité. Le plus simple était peut-être de les nier (pas facile), de les gommer (pas évident), de les éliminer (pas possible), de les accepter (pas question!).

Pourtant, ces différences déterminent probablement plusieurs de nos choix de vie. C’est en tout cas ce que soutient la psychologue Susan Pinker dans son essai Le sexe fort n’est pas celui qu’on croit (voir l’entrevue qu’elle nous a accordée ce mois-ci dans les pages de Vita). Et moi qui espérais pouvoir dire haut et fort qu’il n’y a aucune différence entre les hommes et les femmes, qu’on est tous égaux! Après tout, nous aussi on bosse, on consomme, on s’entraîne, on stresse, on se rend malade, on manque de temps, on drague, on est infidèle (voyez aussi le reportage «L’infidélité au féminin: sortie côté jardin» dans notre dernier numéro)…

En fait, on se ressemble de plus en plus, et les différences qui nous définissent seraient plus édifiantes qu’aliénantes. Pourrait-on parler de deux sexes forts et faibles à la fois? Si c’est le cas, je dis: «Alléluia!»

21 septembre 2009

Cellule de crise

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 9:09


Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro d’octobre 2009
spoirier@vitamagazine.ca

Il était une fois une petite cellule de rien du tout qui, pour des raisons obscures, s’était transformée de façon anormale, puis multipliée jusqu’à se faire des millions de copines. Un conglomérat tentaculaire qui avait déployé ses ramifications pernicieuses à l’insu de la porteuse de bombe… Mon amie. Aussitôt les hostilités déclarées par le cancer du sein, la famille, les proches, les collègues se sont regroupés en un noyau solide, fusionnel, pour interagir en symbiose et démanteler le réseau d’attaquants de l’envahisseur: chimio, métastases, nausées, perte des cheveux, sècheresse de la peau, douleurs musculaires, fatigue, angoisse… Malgré tout, mon amie s’est retrouvée seule face à cette intangible (et pourtant palpable) maladie. Aussi bien dire en cellule d’isolement. Comment trouve-t-elle la force d’accepter le verdict? D’exécuter la sentence avec confiance et espérance? De combattre l’ennemi avec virulence?  De ne pas se laisser envahir par la peur, la terreur? Je ne sais pas. Pour ma part, je n’ai qu’une envie, créer ma propre cellule antiterroriste. Anticancer. Antisouffrance. Mon amie se bat. Elle est forte. Je suis de tout cœur avec elle. Je l’attends. Je l’espère. Je l’aime.

Pendant ce temps…
… en Afghanistan, une autre cellule antiextrémiste — constituée de femmes, d’hommes, d’enfants et de soldats courageux — livre un combat tout aussi important, pour la liberté, celui-là. Au moment d’écrire ces lignes, les talibans intensifiaient leurs actes de violence contre le peuple afghan, jurant d’attaquer les bureaux de scrutin afin de perturber les élections prévues à la fin d’août. Pour les femmes, ce genre de menaces est presque monnaie courante, elles qui paient de leur liberté et parfois même de leur vie le lourd tribut de l’intolérance. Elles, dont les droits sont plus que jamais bafoués malgré l’éviction des insurgés en 2001. Elles, qui se déplacent — tels des fantômes bleus et marron — couvertes de la tête aux pieds, frémissant au moindre battement de taliban.
Une cellule cible dans un conflit insoluble.

Pendant ce temps…
… au Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, nous a donné des chaleurs! Alors que le projet de loi 34 voulait obliger les cliniques privées d’avortement à se transformer en blocs opératoires et risquait ainsi de restreindre l’accès aux interruptions volontaires de grossesse, les femmes bouillaient. (Quand une cellule embryonnaire devient aussi grosse que l’oeuf!) Un droit aussi durement acquis que celui-là ne peut en aucun cas être menacé par une question de privatisation. Mais quelle mouche avait donc piqué le ministre? La mouche du sommeil? Celle qui anesthésie le sens commun? Heureusement, il a fait volteface (merci au Collège des médecins). Ouf! On a eu chaud. Restons tout de même éveillées…

24 août 2009

Une leçon d’audace

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 8:57

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro de septembre 2009
spoirier@vitamagazine.ca

Par un petit samedi matin frisquet de la mi-avril, à Place Laurier (à Québec), une partie de l’équipe de Vita met la touche finale aux préparatifs d’une journée bien spéciale: un tête-à-tête avec une centaine de participantes à notre premier concours de mannequins (journée que nous revivrons au Centre Rockland de Montréal, la semaine suivante). La file d’attente frémit au moindre signe annonciateur du début de l’évènement. L’effervescence est palpable, audible, visible. Nos aspirantes top modèles s’agitent, trépignent, rigolent et jettent quelques regards furtifs vers la table du jury, composé de Maryse Caron, responsable mode à Vita, de Cathy Marsland, de l’agence Folio, et de moi-même.

Nous revoyons rapidement notre méthode de sélection, nos critères d’évaluation, les questions d’usage, le déroulement de la «compétition». On est prêt? Photographe, maquilleuse, coiffeur, hôtesses à l’accueil, préposée à l’espace parfums, dispensatrice de sacs-cadeaux: tous les pros nous font signe que oui. La musique donne le signal. Un groupe de curieux s’agglutine autour de l’estrade. L’atmosphère est électrique. C’est parti…

La première candidate se présente à notre table: coiffée, maquillée et… stressée. C’est le début d’un défilé unique, magnifique, émouvant. Elle nous explique que sa nervosité est telle qu’elle a eu de la difficulté à remplir son coupon de participation. La suivante nous tend une main glacée et moite. La troisième a la gorge tellement sèche qu’elle n’arrive pas à répondre à notre première question. Le cortège s’étire, mû à la fois par la curiosité et le désir de dépassement. Et toutes — qu’elles viennent de Québec, de Trois-Rivières, de Sherbrooke, de Jonquière ou de Gaspé — nous disent avoir eu envie de rebrousser chemin, de prendre leurs (belles) jambes à leur cou et de rentrer à la maison, loin de cette glamourissime et affolante épreuve.

Nous sommes là pour les rassurer, les féliciter, les encourager. Car il en faut du cran pour se présenter à un concours de mannequins. «Après tout, on n’a plus 20 ans», ont avoué — mi-figue, mi-raisin — plusieurs candidates. Affronter le regard des autres, étouffer la peur de ne pas être à la hauteur, s’assumer pleinement… Ça demande de l’audace. Et elles en ont eu.

Je tiens à les remercier toutes, ainsi que leurs enfants, parents, conjoints, amies ou collègues, qui les ont convaincues de plonger dans l’aventure. Nous avons eu la chance et l’honneur de rencontrer des femmes splendides, équilibrées, authentiques. Merci.

J’ai éveillé votre curiosité? Rendez-vous à la page 80 du numéro de septembre du magazine Vita ou encore, sur cette page du site Vitamagazine.ca. Vous constaterez à quel point nos lauréates sont magnifiques et inspirantes. Peut-être vous donneront-elles le goût de venir nous rencontrer l’an prochain?

25 mai 2009

La dernière fois…

Classé dans : Magazine VitaSylvie Poirier @ 9:16

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans le numéro d’été 2009

Vous est-il déjà arrivé de jeter un coup d’œil sur le chemin parcouru de votre (courte!) vie et de constater que cette dernière n’était finalement pas aussi banale que vous l’imaginiez? Que même si vous n’étiez pas une célèbre espionne, une athlète olympique ou une star de cinéma, votre existence était parsemée de moments tendres, drôles, bouleversants, surprenants; de premières expériences mémorables et de dernières fois tout aussi inoubliables (voir notre article «La dernière fois…» dans la dernière édition du magazine Vita)? Que ce bilan n’avait peut-être rien d’un grand film d’aventures, mais qu’il convenait parfaitement à votre nature?

Pour ma part, j’ai dans mon baluchon existentiel quelques dernières fois anodines, ordinaires, émouvantes, épeurantes, gênantes, amusantes… D’ultimes marqueurs de temps soulignant la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère, le passage d’une vie.

Je me souviens très bien, entre autres, de ma dernière expérience de camping: j’ai alors dit adieu aux maringouins, à l’humidité, au sac de couchage aux allures de sarcophage (sûrement à l’origine de ma claustrophobie), aux toilettes de fortune, à l’odeur de naphta émanant de la chaufferette, aux coassements des grenouilles et des autres campeurs… Je n’ai aucun regret.

La dernière fois que j’ai dansé la claquette, j’avais 14 ans. Nous étions chez mes grands-parents, le soir de Noël, et toute la parenté (une trentaine de personnes) était arrivée. Ça riait, ça jasait, ça s’obstinait. Pendant que mes tantes sirotaient leur p’tite crème de menthe verte, que mes oncles s’enfilaient leur cinquième flotteur et que mon grand-père fumait sa pipe dans son La-Z-Boy en cuir brun en attendant ma prestation (c’est d’ailleurs pour lui que j’affrontais ce public éméché), je peaufinais ma tenue. Puis, je me suis pointée dans le salon et j’ai «claquetté» sur un prélart mou, habillée en Shirley Temple, sans entendre une seule note du 45 tours qui jouait sur le tournedisque… Peu après ce dernier épisode, je me suis inscrite à des cours de ballet jazz.

Je me rappelle aussi ma dernière cigarette. À 29 ans, mon endocrinologue m’a gentiment fait remarquer que j’avais un teint gris cendré (un compliment qui fait toujours du bien), que mes dents allaient bientôt jaunir et que je riderais plus vite que mon ombre si je ne cessais pas de fumer. Pour ajouter à ses bons mots, il m’a montré des photos de poumons brun calciné (d’un chic!) et de membres amputés. Effet-choc assuré. Ça a marché, j’ai écrasé.

La dernière fois que j’ai fait une crise de foie, je me suis juré de ne plus jamais prendre un apéro au resto, suivi de quelques verres de vin et d’un digestif, le tout arrosé (au bar d’un ami) de shooters aux couleurs de l’arc-en-ciel, gracieusetés du portier ou du gérant de l’établissement! Quelle horreur! C’est F-I-FI N-I-NI!

La dernière fois que j’ai fait du ski alpin (je sais, c’est l’été, mais c’est le seul vrai sport que j’ai réellement pratiqué), on m’a conseillé de me concentrer sur l’après-ski, question de sécurité. Pourtant, j’avais à peine endommagé la cabane du préposé au T-bar — en descendant en downhill (l’unique technique que je maîtrisais vraiment) la pente la plus abrupte (à noter qu’au Lac-Saint-Jean une pente est synonyme de vallon) — lorsque je l’ai percutée de plein fouet. J’ai bien accroché quelques skieurs au passage, mais personne n’a été sérieusement blessé. À partir de ce moment, je me suis mise au ski de fond et je ne vous raconterai pas pourquoi j’ai finalement opté pour la raquette…

La dernière fois (je vous en passe un papier!) que je me suis cassé un petit orteil, je n’exécutais pas de triple vrille arrière suivie d’un salto avant, non, je passais l’aspirateur! En écrivant ces lignes, mon pied gauche reposant sur un coussin, engourdi de ne pas bouger, bleu de honte, je me dis que si nous devions faire la liste de toutes nos dernières fois, nous aurions là le portrait assez juste de ce qu’est la vie: un tour de manège sur des montagnes russes, rempli de ah!, de hi!, de ho! et de bah! Faites l’exercice, pour voir.

27 avril 2009

La zénitude, vous connaissez?

Classé dans : Corps et espritSylvie Poirier @ 9:03

Billet de Sylvie Poirier, rédactrice en chef de Vita
Publié dans l’édition de Mai 2009

D’emblée, je vous le dis, je ne poursuis aucune quête spirituelle. Je ne tiens pas à savoir s’il y a une vie après la mort, d’ailleurs je n’y crois pas. Par contre, je sais qu’il en existe une avant, et ça me suffit amplement. L’idée de comprendre d’où je viens, où je vais et pourquoi je suis de ce monde ne m’intéresse plus. Ce qui ne m’empêche pas de me questionner sur la nature humaine, sur notre capacité à réaliser de grandes choses, sur notre irrépressible propension à la destruction, sur le sens de notre existence, ici et maintenant. De me demander comment faire pour que le bonheur colle à la maison, pour devenir une citoyenne responsable et une meilleure personne. À voir la façon dont les religions et les croyances échouent dans leurs tentatives de rendre les fidèles heureux, paisibles et généreux, je préfère miser sur l’humanité, aussi imparfaite soit-elle. Il paraît que cette approche plus philosophique serait en fait une forme de spiritualité. Et moi qui me croyais libre de toute velléité mystique… Je n’échapperais donc pas à ce courant favorisant l’élévation humaine, la confiance en soi, la résilience et l’aptitude pour le bonheur, j’adhèrerais à ce mouvement dont la grande prêtresse est encore à ce jour Oprah Winfrey? Eh bien, si tel est le cas, je ne m’en offusquerai pas… Tant qu’on ne me parle pas de pseudopréceptes théologico-sacro-dogmatiques exploitant la crédulité, l’idolâtrie et la superstition des gens. Tout, sauf ça! Tout, sauf la spiritualité à cinq cennes où des gourous farfelus, des maîtres de chakras, des guérisseurs de l’âme, des coachs en tout genre voient dans notre aura toute la détresse du monde et la couleur du chèque dûment rempli. Tout, sauf ce qu’on retrouve dans le sac de récup spirituel: la pensée magique, la confiance aveugle en un guide unique, la psycho pop qui règle tout en 10 secrets, la formule en 15 séances pour être heureux, les ateliers pas très catholiques de croissance personnelle, les sectes qui nous promettent mers immondes… La spiritualité nage parfois en eaux troubles, en zones grises, c’est pourquoi je préfère parler de «zénitude». Conçu spécialement pour vous, lectrices de Vita, ce mot est devenu l’entête d’une nouvelle chronique qui ne vise qu’à vous divertir, à vous faire sourire et, pourquoi pas, à vous faire réfléchir. Après tout, Vita est sans contredit le lieu de rencontre de femmes inspirantes qui réinventent leur vie, transforment leur existence, réalisent leurs rêves, partagent leur expérience et aspirent à la plénitude, à la quiétude et, bien sûr, à la zénitude.

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